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février 11Autoentrepreneur : premier bilan
Il y a tout juste 6 mois, je me lançais dans l'aventure de l'(auto-)entrepreneuriat. Aujourd'hui, c'est l'heure d'en dresser le premier bilan. Humain, tout d'abord, mais aussi financier !
"En étant développeur web freelance, combien on gagne ? Comment on vit ? Un CDI, c'est pas mieux ?"
Je vais tenter de répondre à toutes ces questions en partageant mon expérience !
Mon cas
Tout d'abord, petit préambule sur mon cas. On peut être autoentrepreneur en parallèle de ses études ou d'un autre travail, mais on peut aussi l'être à temps plein. C'est mon cas, depuis cet été. Je possédais un statut de travailleur indépendant depuis 2006, qui m'a permis de me familiariser avec le concept de devis et de facturation pendant mes études.
Puis, après mon diplôme d'ingénieur et un an de CDI, j'ai décidé de me lancer. Un sacré pari, puisque ce qui n'était alors qu'une entrée d'argent d'appoint allait devoir devenir mon unique source de revenus.
Avec "seulement" un gros loyer en région parisienne - mais pas de labrador à charge - cela semblait être le bon moment pour limiter la prise de risques qu'implique toute création d'activité.
La vie de freelance
La vie de freelance - ou plus généralement de télé-travailleur - est à double-tranchant. Effectivement, on gagne beaucoup de temps à ne pas se déplacer jusqu'à son lieu de travail (puisqu'on y dort). Oui, on est libre dans les horaires. Mais... il y a un "mais".
Quand on passe tes journées chez soi, le plus souvent devant son ordinateur, il faut faire attention à plusieurs choses. Tout d'abord, à instaurer des règles, voire une routine. Sinon, on va rapidement se retrouver à pratiquer des horaires complètement décalés : travailler la nuit, se lever tard... Donc, comme au bureau, se donner des horaires : 9h - 18h30 par exemple, avec une pause déjeuner... loin de l'ordinateur, de préférence !
Ca parait bête, mais il faut aussi... s'habiller ! C'est tentant de coder en caleçon, mais ça n'est pas très professionnel. Donc, même si l'ordinateur est à 5 mètres du lit, éviter la solution de facilité : se laver, s'habiller, et seulement après, travailler.
Il faut aussi braver courageusement les blagues des copains. "Oh, t'es chez toi toute la journée, tu fous rien de toutes façons..." ou autre "Et ça va, le chômage ?". Ils sont juste jaloux car pendant qu'eux, ils sont dans le métro, nous, on maximise notre productivité.
Les aides
Lorsqu'on débute une activité indépendante, on continue d'avoir le droit au chômage. Pour ma part, j'ai eu la chance de bénéficier d'une rupture de contrat conventionnelle, donc j'avais quelques mois de chômage devant moi. Dans ce cas là, Pôle Emploi propose deux formules :
- Continuer de toucher ses droits en complément à ses revenus déclarés chaque mois.
- Bénéficier d'un capital, avec le versement de 50% de tous ses droits.
J'avais le droit à environ 1200 € de chômage, pendant 9 mois (ma période cotisée). J'avais donc le choix :
- Soit avoir 1200 € assurés chaque mois (exemple : je gagne 500 € un mois, on m'en verse 700 pour compléter).
- Soit avoir 50% des 10 800 € de mes droits.
J'ai opté pour la seconde solution. Je n'avais pas besoin d'un capital de départ (aucun achat de matériel à faire, aucun investissement pour mon activité), mais il me semblait que 1200 € mensuels seraient vite atteints. Le capital est versé en deux fois : une partie immédiatement, l'autre 6 mois après.
Seconde aide très importante pour les chômeurs ou jeunes autoentrepreneurs : l'ACCRE. Il s'agit d'une Aide à la Création d'Entreprise pour les moins de 26 ans, qui peuvent bénéficier d'une réduction des charges de façon dégressive pendant trois ans. Ainsi, au lieu de payer 20,3% de mon chiffre d'affaire, je commençais le premier trimestre avec environ 7%. Non négligeable, donc !
Les clients
Se lancer en freelance, c'est bien... Mais encore faut-il avoir des clients ! De mon début d'activité, je retiens que cela fonctionne beaucoup par contacts. Il faut donc privilégier au maximum son carnet d'adresses : anciens élèves, stages, collègues de promo... Mes premiers contrats sont venus à moi sans que je n'aie besoin de prospecter !
De plus, il faut penser à avoir une bonne visibilité sur les réseaux sociaux. Un compte twitter actif plus ou moins sérieux qu'on arrose de news, un facebook pour l'auto-promotion, un viadeo, linkedin, etc. Sans être non plus un pro du marketing, pensez à votre référencement. Google offre 50 € d'Adwords pour les auto-entrepreneurs, profitez-en pour vous essayer à la pub !
La facturation
Une fois que vous possédez vos premiers clients vient l'étape la plus critique : le devis / facturation. Quelle démarche adopter ? Baisser les prix pour être très concurrentiel ? Conserver des prix normaux mais miser sur la présentation et la qualité technique de la livraison ?
A mon avis, baisser les prix pour se faire une place sur le marché n'est vraiment pas la bonne solution. Bien sûr, vous pourrez décrocher des contrats plus facilement. Mais à travailler en-dessous de votre vraie valeur, vous courrez à votre perte. Il faut vous fixer un prix de Jour-Homme conforme à votre niveau et à votre activité, et vous y tenir. A vous de savoir l'expliquer... et le mériter.
Je reviendrai plus en détail dans un prochain billet sur le meilleur moyen de fixer efficacement son tarif journalier.
Bilan financier et humain
Enfin, je vais conclure en dressant un rapide bilan financier et humain de ces 6 mois d'activité. Entre août 2010 et janvier 2011, j'ai facturé exactement 11 600 € (bruts). La grande majorité des contrats ont été signés à la fin de cette période, puisque le mois de décembre représente 75% de ces revenus.
Alors, est-ce rentable, par rapport à un CDI ? Il est encore trop tôt pour répondre, car ces 6 premiers mois ont été assez longs à se lancer. Toutefois, le plafond annuel de revenus d'un autoentrepreneur étant à 32 000 € bruts, si on s'en tient au calcul de la partie précédente (où 50% de ses revenus finissent réellement dans nos poches), on peut vite voir que non, ce n'est pas forcément "rentable".
Seulement, en terme de qualité de vie, même s'il faut s'habituer à ce mode de vie un peu spécial (un emploi du temps très flexible et pas de salaire fixe), je suis plutôt séduit. Une fois les règles établies, même si ça arrive de devoir finir un livrable en urgence de nuit ou que plusieurs projets nous tombent dessus en même-temps, le télétravail est vraiment appréciable. Tout comme le fait de passer de projet en projet et de les suivre de A à Z, en relation directe avec le client !
Il ne faut pas se voiler la face et voir ce statut, ce mode de vie, comme ce qu'il est réellement : un tremplin vers l'entrepreneuriat. Un essai de création d'entreprise, mais pas une fin en soi.

